Les fantômes d'Eldorado se trimbalent derrière moi. J'écoute les pneus adhérer à l'asphalte. Mon crâne n'est plus qu'un collage. Bleu. Blanc. Hasardeux comme Arp. Les fantômes d'Eldorado sont bruyants. La gorgée de bière file. File. Défile. Je la suis. Je laisse mes yeux trainer. Sur toi. Tout entier. Je te retiens. Ma rétine. Brûle. Je te retiens. Comme un poème.
Je regarde ta petite nuque pâle. Les mains, les poings, au fond des poches. Manteau noir et trop long. Il fait froid. Je vous observe jouer. Connaîtrez-vous des révolutions ? Lequel de vous se fera applaudir en AG ? Sentez-vous déjà la matraque qui s'abat ? Allons, enfants, De la patrie! Le jour de gloire, exécutoire...
Je presse un mouchoir. Blanc. Entre ta tête et ma main. Rouge sombre. Qui glisse sur ta nuque. Ton sang est tiède et l'air glacial. Le feu est feu. Je frotte mes mains contre tes cuisses. Pleines de spasme; contraction; sursaut. L'odeur ferreuse imprègne le col du pyjama. Et tes yeux ronds; dissimulent nos entrailles. Je frotte ton sang qui craquèle comme le désert. Alcool modifié. La nuit étouffe du carcan neigeux. Je coupe une mèche de tes cheveux, plaquée, rougit. Elle rebondit sur le plancher. Sale.