vendredi 8 octobre 2010

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J'ai fermé les yeux pendant que mes cheveux tombaient par petits paquets.
Je les sentais à peine atterrir sur mes mains.
La porte était restée ouverte et j'entendais les voitures tousser, les saccades des talons aiguilles, la rue sous le soleil.
Il y avait aussi le patron, la cascade de sa voix. Grave, avec un léger accent. Un gouffre frais. Tout ce qu'il susurrait dégoulinait sur moi. Et j'aurais pu prendre cette douche pour le reste de ma journée.
J'ai rouvert les yeux sur la coiffeuse, tendre et vulgaire qui mettait une main dans son dos et le ventre en avant. Son visage était fin et ses yeux comme des amandes. Ses cheveux noués en hauteur tombaient jusqu'aux épaules.
"J'oublie que je suis grosse, pardon". Elle a sourit en me bousculant.
Elle avait la grâce d'une femme enceinte et un air intrépide.
Elle a continué à cisailler dans tout les sens et mes cheveux s'envolaient comme des confettis.
Dans les glaces, j'ai compté cinq reflets où elle semblait danser et s'émerveiller devant la dégringolade des mèches humides.
Le patron se penchait sur la nuque d'une femme. Il lui soufflait toujours des phrases bleues foncées et tendres. Il approchait son visage rond encore plus près. Je lui trouvais un petit air du sud, avec ses habits noirs, une chemise ample aux manches retroussées, quelques cheveux blancs, longs et bouclés rabattus en arrière.
Sa légère calvitie lui laissait le front dégagé.
Il captivait n'importe qui avec ses deux billes bleues. J'évitais furtivement ce regard transperçant. Ses gestes étaient précis et calmes. Clairement attentionné, il massait légèrement la nuque de la femme. Elle a doucement fermé les yeux.


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